Chérir le vivant

La planète et le vivant dans leur ensemble ne nous appartiennent pas. Nous ne faisons qu’un avec eux. Nous humains usons et abusons de ressources limitées qu’il nous faudrait au contraire préserver pour pérenniser notre espèce. L’eau, les espaces de nature, l’air, les sols doivent plus que tout être préservés de nos excès ; autant dans une optique de services écosystémiques au profit de l’humanité, que pour la nature elle-même. 

Le concept de santé globale, défendu depuis 20 ans par de nombreux soignant·e·s, relie santé humaine, animale et environnementale. Il doit devenir le nouveau prisme par lequel reconstruire notre politique nationale de santé publique : une politique qui prend soin du vivant sous toutes ses formes et permet d’agir à la source des expositions et des maladies  environnementales.  

 

RENFORCER L'ACCÈS DE TOUTES ET TOUS A LA SANTE ET PRIVILÉGIER L’APPROCHE PRÉVENTIVE 

 

  • Revenir à une politique d’ouverture de lits et donc d’embauche de soignant·e·s dans l’hôpital public alors que le Gouvernement veut encore fermer des lits en 2021 et 2022. L’enjeu majeur sera de faire face à la pénurie de médecins et de personnels hospitaliers dans le prochain quinquennat. Pour cela, il faut revoir complètement les conditions d’emploi, de travail et surtout revaloriser la raison d’être de l’hôpital public qui doit retrouver son ambition d’hospitalité et de soins de qualité et cesser d’être considéré comme un espace de dépenses et de coût à contrôler. Pour cela, faire voter par le parlement chaque année un Objectif national d’assurance maladie et limiter la Tarification à l’activité (T2A) aux maladies aigües pour adopter un autre modèle de financement des actes de prévention et de soin, notamment pour les affections de longue durée.
  • Il faut notamment revaloriser le métier d’infirmiers·ères et de sage-femmes en leur confiant de nouvelles missions en ville comme à l’hôpital. Ces nouvelles missions doivent être accompagnées d’une amélioration des conditions de travail et de rémunération pour accélérer et augmenter les mesures du Ségur de la Santé. Le travail en équipe pluriprofessionnelle doit être renforcé et encouragé.
  • Pour diminuer l’intensité de la charge de travail et pouvoir payer et diminuer les heures supplémentaires, l’hôpital public doit à nouveau embaucher 20 000 soignant·e·s lors du prochain quinquennat. Face aux problèmes de recrutement, la première étape doit être de titulariser l’ensemble des postes précaires de l’hôpital (intérimaires, contrats courts…).
  • Rééquilibrer les dépenses de santé en faveur d’une approche préventive de la santé qui prenne en compte les impacts environnementaux de notre santé et s’appuie sur la médecine scolaire et la médecine du travail.
  • Soutenir la structuration collective des soignant·e·s autour de “maisons de santé en commun” qui regrouperont les médicaux et les paramédicaux qui le souhaitent avec un conventionnement avantageux de l’assurance maladie. Elles pourront aussi accueillir des associations. Ces équipes de proximité seront les interlocutrices des hôpitaux et des collectivités. Elles mailleront progressivement l’ensemble du territoire et constitueront un cadre commun et solidaire pour les maisons de santé pluriprofessionnelles, les centres de santé communautaires, les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS)... La Sécurité Sociale sera à l’impulsion de cette dynamique. Si les mesures incitatives ne suffisent pas, les médecins seront obligés de s’installer quelques années dans des zones rurales pour être conventionnés.
  • Ces maisons seront appuyées par la refondation d’une véritable politique de veille épidémiologique nécessitant la création de 100 000 nouveaux emplois, dont 50 000 emplois publics et 50 000 emplois communs pour des postes de veille sanitaire, de prévention et de lutte contre le non-recours aux soins.
  • Renforcer l’accès aux soins de santé mentale, en réinvestissant des moyens humains et financiers dans une véritable psychiatrie de secteur, qui autorise une prise en charge pluridisciplinaire, décloisonnée, proche des patient·e·s et de leur entourage et la construction d'une relation thérapeutique sur le long terme : restaurer les moyens ambulatoires et hospitaliers supprimés avec la fermeture de quelque 70 000 lits entre 1980 et 2020, adopter un plan d’urgence pour la pédopsychiatrie.
  • Renforcer les services aux personnes dépendantes, à domicile ou dans des établissements spécialisés via des emplois communs pour prendre en compte les besoins liés aux évolutions démographiques et garantir des conditions de vie dignes et adaptées aux personnes les plus âgées.
  • Améliorer l’accueil, la protection et l’accompagnement du jeune enfant : instauration d’une préparation à la fonction parentale universelle et gratuite pour toutes les familles qui accueillent un jeune enfant ; approche globale au service de la protection de la petite enfance en soutenant des fonctions complémentaires de proximité - familiales, amicales, bénévoles, professionnelles. 


Faire progresser la condition animale 

 

L’exploitation effrénée du vivant se fait sentir dans nos rapports avec les animaux et les relations que nous entretenons avec eux nous. Considérer la sensibilité animale, c’est se reconnecter avec notre humanité. Il est urgent d’organiser la fin progressive des pires pratiques (élevage en cage ou sur caillebotis, broyage des poussins,  castration à vif,  caudectomie, gavage) et plus largement la sortie du modèle intensif.

Nous proposerons un secrétariat d'Etat à la condition animale afin de garantir la prise en compte de l’intérêt et de la sensibilité des animaux dans les prises de décision. Nous proposons également de: 

  • Créer un statut juridique propre aux animaux non-humains, pour mieux les protéger et leur garantir des droits fondamentaux.
  • D’ici 2030, réduire de 50% la consommation de produits animaux : encadrer par la loi l’offre réalisée en restauration collective : plafonnement à deux le nombre de repas hebdomadaires avec de la viande et instaurer une obligation de présenter une alternative végétarienne chaque jour; soutenir financièrement les restaurations collective publiques ou privées pour qu’elles puissent proposer des viandes produites localement et des produits bio. 
  • D’ici 2030, sortir du modèle de l’élevage industriel pour aller vers des modes d’élevage et d’abattage plus respectueux des animaux : former les professionnels aux besoins physiologiques des animaux ; le cas échéant accompagner et aider leur reconversion ; interdire les pratiques cruelles telles que le mutilation ou l’élevage en cage ; normaliser le contrôle par la pose de caméra et la création d’une autorité indépendante. 
  • Création d’un label “Bien-être animal”, assorti d’une évaluation sur le modèle du Nutri-Score, basé sur un cahier des charges exigeant.
  • Mieux protéger les animaux de compagnie en lançant un grand  plan de lutte contre les abandons et la maltraitance (qui ont explosé durant la pandémie), pour que la France ne détienne plus le triste record d’Europe du plus grand nombre d’abandons.Pour y remédier, il faut davantage responsabiliser les acquéreurs/adoptants et cesser de traiter les animaux de compagnie comme des biens de consommation jetables.  Nous proposons à ce titre de créer un permis de détention d’un animal sur le modèle wallon et d’interdire la vente d’animaux de compagnie sur les sites généralistes de vente en ligne pour la réserver à des sites dédiés, régulés par les services de l’Etat et garants du bien-être de l’animal. La lutte contre la maltraitance des animaux de compagnie passe également par le renforcement des sanctions pénales et par un accès à la justice pénale facilité pour les associations qui sont la voix des animaux.
  • Encourager le développement des filières de substitution dans les domaines de la mode (cuir végétal notamment).
  • Encourager les méthodes de recherche scientifique sans exploitation animale en appliquant le droit européen.

 

Reconquête de la biodiversité, protection des forêts et des océans

 

Dôme de chaleur, goutte froide, méga feux, inondations et glissement de terrain en Allemagne, etc. : les phénomènes extrêmes révèlent l’impréparation de nos sociétés et l’incapacité à assurer la sécurité des générations actuelles et futures. 

La préservation de la biodiversité est à la fois une condition d’une transition écologique qui contribue à contenir le réchauffement climatique et un  enjeu à part entière : car si l’érosion dramatique de la biodiversité par l’artificialisation des sols, la fragmentation des milieux naturels, la pollution et la surexploitation des espèces est une des causes du dérèglement climatique, et sa protection un des moyens de lui faire rempart, la préservation du vivant sous toutes ses formes est avant tout un objectif en soi dans le projet de société que nous voulons construire.

 

  • Éviter, réduire, compenser : à chaque fois que cette règle pourtant simple est contournée malgré la loi, ce sont des atteintes au vivant, des atteintes directes à la biodiversité renforçant inéluctablement son érosion, des atteintes indirectes à la vie et à la sécurité humaines à chaque phénomène climatique extrême. Notre engagement est de mettre un terme définitif, et rapide à ces atteintes – au plus tard en 2025, en mettant en œuvre le zéro artificialisation des sols, en interdisant les projets de compensation pour l’ensemble des acteurs privés. Les études d’impact environnementales ne seront plus autorisées à faire l’impasse sur les alternatives à un projet, l’autorité environnementale se verra dotée d’un pouvoir de moratoire, tandis que le rôle des commissaires enquêteurs sera soutenu et valorisé. Dès 2022, les Préfets seront responsables de l’application stricte de la loi Biodiversité de 2016, sans dérogation possible hors avis de l’autorité environnementale. Pour prévenir les atteintes et incidents des activités existantes, les mesures et moyens de contrôle seront renforcés par une police environnementale présente sur l’ensemble du territoire national, qui aura pour mission de coordonner, avec une nouvelle force dédiée à la prévention des risques et d’organisation des secours, la résilience de nos territoires face aux crises climatiques. 

 

  • Protéger les océans et soutenir la pêche artisanale 

Deuxième espace maritime mondial notamment grâce à ses territoires d’outremer, la France hérite d’une responsabilité marine et maritime, d’autant plus importante que les paramètres physicochimiques de l’océan sont affectés par les activités humaines et notamment le dérèglement climatique : acidification (par absorption massive de CO2), hausse des températures, variations de courant, fonte des glaces, hausse du niveau de la mer, développement des algues vertes et brunes... La France est une puissance maritime riche d’une biodiversité marine singulière, à l’image de ses récifs coralliens (4ème pays au monde pour ses récifs) qui abritent 25% de la biodiversité marine et sont directement menacés.

  • Améliorer la protection des Aires Marines Protégées (AMP) en assurant au moins 10 % de zones de protection forte (protection haute et intégrale) par façade et par bassin maritime pour restaurer la biodiversité marine métropolitaine et ultramarine. Cette mesure s’accompagnera d’une amplification des soutiens financiers alloués à la gestion et à la surveillance de toutes les catégories d’aires marines protégées et un renforcement des moyens humains dédiés à la gestion et la surveillance de ces AMP. La restauration des écosystèmes portera un intérêt particulier aux écosystèmes de carbone bleu.
  • Faire évoluer la loi littorale (mise à mal par la loi ELAN), qui a su concilier protection de la nature et enjeux économiques, afin de mieux prendre en compte l'adaptation au changement climatique et particulièrement les risques liés à la hausse du niveau de la mer, tout en assurant sa pleine application y compris en renforçant les contrôles de police.
  • Mettre en place un plan massif de soutien à la restauration des stocks de poissons à des niveaux supérieurs à ceux permettant d’atteindre le Rendement maximal durable (RMD) et l’adoption d’une approche écosystémique des pêches. Cela passera par un soutien à la  pêche artisanale côtière, la modernisation de la flotte et la limitation des chaluts pélagiques et des filets maillants. Le contrôle des pêches devra être renforcé et la traçabilité des produits de la mer numérisée, notamment pour lutter contre la pêche illégale, illicite et non déclarée. L’aquaculture durable devra d’abord prendre en compte le changement climatique et la protection des milieux naturels. Pour assurer le “rendement” de la filière conchylicole, il faut rétablir le bon état écologique des eaux dicté par la Directive Cadre Stratégies sur le Milieu Marin. 

 

  • Défendre les forêts, conserver une planète habitable

La forêt et les sols sont des puits de carbone mais ils représentent avant tout la fine couche habitable de notre planète pour l’ensemble du monde vivant. La forêt est essentielle pour préserver la sécurité alimentaire dans le monde, assurer l’approvisionnement en eau potable et la stabilité des sols, contribuer au stockage de carbone, de l’eau, et préserver la biodiversité.    La France a le troisième massif forestier d’Europe derrière la Suède et l’Espagne, elle doit se montrer digne de ce patrimoine naturel, le conserver et le valoriser :                                  

  • Définir une stratégie nationale sur les forêts. L’Etat doit se doter d’un outil de pilotage stratégique de la forêt.  Cet outil doit s’appuyer sur un ONF rénové et renforcé qui doit voir évoluer son statut actuel d'Établissement Public Industriel et Commercial vers un statut d'Établissement Public Administratif. Créer 5 000 nouveaux emplois à l’ONF (autant qu’en 1985) dont 80 % de fonctionnaires assermentés d’ici 2027. L’ONF doit également être partie prenante de la recherche scientifique et au service de la gestion en commun des forêts. L’ONF préfigurera un mode de gouvernement plus démocratique de la forêt intégrant la société civile. 
  • Protéger 10 % des forêts françaises dans des zones en libre évolution avec un pourcentage minimum dans chaque région et secteur (augmentation de la biodiversité, du stockage carbone) par un régime fiscal spécifique et incitatif. Veiller à l’entretien des corridors forestiers et assurer la protection des espaces protégés en lien avec les associations. Augmenter la surface forestière en rachetant des terrains à l’agroforesterie et aux petits propriétaires qui ne peuvent pas prendre soin de leurs forêts par un programme d’investissement public-commun. Mobiliser l’épargne populaire et mieux encadrer qualitativement les incitations fiscales pour inciter à planter et protéger de la forêt.
  • Interdire les coupes rases dans les vieilles forêts et les limiter à un hectare dans les plantations, excepté pour raisons sanitaires et progression de la biodiversité. En Suisse, l’interdiction stricte des coupes rases date de 1876 et elle est déjà encadrée en Allemagne. Il faut couper du bois mais pas n’importe comment. 
  • Interdire les exportations de chêne brut en dehors de l’UE. 30 % du chêne est exporté alors même que  les scieries chêne fonctionnent à 60% de leurs capacités par manque de matière première. Investir dans les scieries pour qu’elles puissent s’adapter aux différentes espèces. Protéger les 425 000 emplois de la filière bois en structurant la filière, en améliorant les conditions de travail des personnes qui y sont employées et en faisant connaître la filière qui a du mal à recruter. 
  • Favoriser la création d’au moins 30 000 emplois communs pour protéger les forêts. Ils doivent permettre de vérifier que la replante d’arbres se fasse en priorité à partir d’arbres feuillus et résistants à la chaleur issus d’espèces européennes et dans des forêts mélangées, que la diversité des peuplements arborés, arbustifs et herbacés participe à leur résilience. Ils doivent aussi permettre d’animer l’espace forestier avec les enfants et les écoles, de surveiller les forêts en cas de forte chaleur et de restaurer les sources d’eau des forêts. Transformer le gouvernement des forêts en passant d’une décision verticale à un gouvernement partagé avec les populations locales et les agent·e·s dans un modèle coopératif et commun.
  • Maintenir les récoltes de bois en forêt au niveau de la production de 2016 (80% de la production biologique annuelle). L’augmentation du prélèvement de bois doit se faire hors forêts (haies, arbres de plein champ) tout en plantant 800 000 km de haies bocagères en trente ans pour préserver la biodiversité, préserver les sols, stocker le carbone et entretenir nos paysages uniques.
  • S’opposer à l’application du traité de libre échange avec le Mercosur pour lutter contre la déforestation importée et contribuer ainsi concrètement à la solidarité internationale et à la lutte contre la pauvreté et les inégalités dans le monde. Les politiques européennes doivent viser la relocalisation de l’activité forestière.

 

Les Grandes Thématiques

 

Les contributions des membres du collectif émanent de 300 personnes qui, parmi les 3 500 membres du collectif Une certaine idée de demain, se sont engagées dans les travaux des différents groupes thématiques  portant sur de nombreux sujets : santé, éducation, condition animale, égalité femme- homme, politique internationale, biodiversité, migrations…

Ces  contributions sont regroupées ci en grandes thématiques qui sont autant d’ambitions :  

1 - Dans un monde d’interdépendances, bâtir notre politique étrangère sur la coopération 

2 - Assurer l’égalité 

3 - Déverrouiller la démocratie 

4 - Garantir des sécurités fondamentales à chacun·e 

5 - Construire l’économie de demain 

6 - Chérir le vivant (page actuelle)

7 - Développer une culture de la sensibilité, construire une école égalitaire et émancipatrice