De l'espoir !

 

En juin 2021, Eric Piolle publie « De l’Espoir ! Pour une République écologique » (éditions les Liens qui Libèrent), ouvrage dans lequel il livre sa vision de l’écologie politique et du chemin à accomplir pour regagner l’espoir dans notre avenir. 

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En voici quelques extraits : 

L'espoir ne demande qu'à renaitre

Nous avons envie de reprendre la main, de participer, d’inventer d’autres manières de faire, de contrôler mieux nos vies, mais ne savons pas toujours comment nous y prendre. Nous sommes parfois réveillés par certaines initiatives qui rouvrent un peu la perspective, par un navire humanitaire en Méditerranée, par l’engagement d’une députée prête à redevenir aide-soignante face à la pandémie, par ces agriculteurs qui arrêtent d'utiliser des pesticides, par ces jeunes qui font les courses des personnes âgées isolées dans leur immeuble de Seine-Saint-Denis, par ces lanceurs d’alerte en Bretagne qui ont le courage de s’opposer au pouvoir de lobbys agroalimentaires sûrs de leur puissance face au Droit, par les marches pour le climat qui s’organisent en rassemblant toutes les générations, par ces plaintes déposées contre des entreprises et des États pour que cesse l’impunité, par ces mobilisations contre toutes les formes de discrimination, par ces peuples autochtones qui se regroupent en une Alliance partout sur la planète pour transmettre leur savoir sur l’harmonie, par les innombrables initiatives prises par une société civile qui, en France et ailleurs, s’organise pour pallier les manques du politique, pour faire du lien, échanger, résister et avancer. Et puis nous sommes rattrapés par le quotidien, gagnés par le découragement.

Contre un pouvoir patriarcal

Nous ne voulons plus d’un pouvoir qui se pense infaillible et viril, qui perpétue encore et toujours les valeurs du patriarcat. Grâce aux mouvements féministes et à des journalistes engagés, ces dernières années ont porté de sérieux coups à cet ordre archaïque et il est d’autant plus insoutenable de voir que sont encore protégés ceux qui exercent la domination masculine dans la violence la plus grande et la plus néfaste.

Contre un pouvoir de l'impunité

Nous ne supportons plus que quelques-uns des grands gagnants du système refusent de participer à l’effort national, que la justice se montre trop clémente avec ceux qui gouvernent et possèdent, et ne supportons plus l’impunité, qu’elle soit celle d’industriels qui polluent, celle d’un responsable politique ayant abusé de son pouvoir en échange de faveurs sexuelles, celle d’un milliardaire qui passe sa vie à jouer avec le fisc pour échapper à ses responsabilités.

Modernité du nouveau pragmatisme

Le prisme de l’écologie politique révèle qu’en France comme partout, c’est un système qu’il faut parvenir à transformer, que les problèmes auxquels nous sommes confrontés y trouvent tous leurs causes, qu’ils ne sont pas indépendants les uns des autres. Les problèmes sociaux et environnementaux partagent les mêmes racines, la fragilisation de notre démocratie et celle de nos valeurs républicaines viennent puiser aux mêmes sources, ces valeurs qui vacillent quand nous peinons à rester maîtres de nos vies, quand règnent les inégalités et quand la compétition plutôt que la fraternité régit les relations humaines.

L'écologie qui rassemble au-delà des écologistes

L’écologie politique sait aussi rassembler largement.

Que l’on pense d’abord aux intérêts de l’individu ou plutôt à ceux de la communauté, que l’on soit attaché à son territoire ou que l’on se sente appartenir au monde, que l’on considère comme cruciale la transmission ou que l’on ait le goût de la transformation; l’écologie politique aide à penser ensemble les termes de chacune de ces alternatives, et peut même rassembler les perdants du système actuel et ses gagnants, dont les enfants finiront eux aussi par être menacés par la dégradation de l’environnement. Le fait que chacune et chacun d’entre nous sente le sol se dérober sous ses pieds crée une nouvelle forme d’universalité, sensible. Et je fais le pari que ce sentiment puissant oblige à choisir en pointant nos contradictions, personnelles et collectives, et qu’il peut rassembler au lieu de nous dresser les uns contre les autres.

Croire en l'action

J’ai eu une vie avant mon engagement politique, j’en aurai une après et je n’ai jamais conçu cet engagement comme un sacrifice ni comme le résultat d’une vocation ou d’une ambition, mais porté par la conviction que l’écologie politique était mûre pour se confronter à l’exercice du pouvoir. J’ai mis au service de cette conviction mon goût du combat, ma capacité de travail, ma compréhension des systèmes et des voies à emprunter pour les transformer et les rendre durables. Sans en créer d’autres, mais en changeant ce qui doit l’être, en s’appuyant sur les forces existantes, en ne perdant pas de vue la faisabilité, en gardant toujours un œil rivé sur le sol pour préparer l’atterrissage.

[...] Je l’ai fait à ma manière, ayant recours à mes propres mots, à une parole imprégnée des expériences vécues et des connaissances glanées au cours de ma vie, de mon village à la frontière du Béarn et du Pays Basque à Grenoble, de ma vie d’ingénieur à celle de maire en passant par celle d’homme de famille, de ma vie d’homme à la fois lettré et chiffré, radical et pragmatique. Des connaissances que je ne cesse jamais de nourrir et de questionner pour rester en phase avec le réel. J’aime me confronter à ce que le monde produit, d’idées et de visions, et j’éprouve par exemple un immense plaisir à laisser mes enfants m’expliquer le féminisme d’aujourd’hui et interroger mes angles morts sur le sujet. La jeunesse me fascine et m’interpelle. Elle est à la fois un moteur et une inspiration, souvent incroyablement mûre et lucide, et j’aime apprendre à ses côtés.