Grandpuits : « Il y a une clairvoyance du monde ouvrier sur le rapport à l’emploi et à l’avenir

Grandpuits : « Il y a une clairvoyance du monde ouvrier sur le rapport à l’emploi et à l’avenir

Le 25 mars, nous avons rencontré Adrien Cornet, raffineur à Grandpuits et syndicaliste CGT. Avec Eric Piolle, nous suivions depuis un moment leur lutte pour défendre leurs emplois. Des écologistes pour défendre des raffineurs ? Des raffineurs et des écologistes main dans la main contre un plan de « transformation verte » de l’usine ? À première vue c’est surprenant, mais cela devient bien plus clair dès qu’on s’y intéresse d’un peu plus près.

Le 25 mars, nous avons rencontré Adrien Cornet, raffineur à Grandpuits et syndicaliste CGT. Avec Eric Piolle, nous suivions depuis un moment leur lutte pour défendre leurs emplois. Des écologistes pour défendre des raffineurs ? Des raffineurs et des écologistes main dans la main contre un plan de « transformation verte » de l’usine ? À première vue c’est surprenant, mais cela devient bien plus clair dès qu’on s’y intéresse d’un peu plus près.

En juin 2020, l’entreprise Total annonce l’arrêt à venir de l’activité de raffinerie sur le site de Grandpuits. Une raffinerie c’est une usine de transformation de hydrocarbures, les produits arrivent bruts et ressortent prêts à être achetés à la pompe par vous et moi (sauf si comme Eric vous avez choisi d’abandonner la voiture pour le vélo, mais tout le monde n’a pas cette possibilité. Autour de Grandpuits par exemple, sans voiture, pas de déplacement possible !).

Pourquoi fermer Grandpuits ? Pour l’écologie pardi ! Adrien nous raconte « Total nous a dit : “c’est la pression de la société, c’est Greta Thunberg, on a compris, on n’a pas le choix, il faut faire la transition écologiste” ». Et pour cela, il faudrait fermer la raffinerie et transformer le site vers de la production de « bioplastic », de biocarburant ou de biokérozène.

« Notre premier réflexe ça n’a pas été de dire non non on veut continuer à faire du pétrole » au contraire. Adrien et ses camarades cherchent à savoir si ce plan est réellement un plan écologique. Eux, l’écologie, ils ne sont pas contre. « Notre génération de trentenaires a des enfants, on est conscient de ces enjeux, nous aussi on se pose la question du dérèglement climatique ». Ils se rapprochent des écologistes et des associations comme Greenpeace et Les Amis de la Terre pour discuter de la réalité écologiste du projet de Total.

Très vite, ils s’aperçoivent que ce programme n’a rien d’écologiste. La production d’hydrocarbure ne va pas diminuer, mais simplement être menée ailleurs. De préférence là où les normes sociales et environnementales sont moins contraignantes…et les profits plus importants.

 

  • Et maintenant cela paraît évident : les écolos doivent soutenir ces raffineurs

 

Avec nous, l’équipe d’Une certaine idée de demain et Eric Piolle, il y avait des candidats aux élections régionales, parce que c’est aussi un enjeu local. Bénédicte Monville, Jacques Huleux et Thibaut Guillemet, candidat.es aux élections régionales sur la liste de Julien Bayou, ainsi que Hocine Oumar, secrétaire départemental d’EELV pour le 77. 

La question qui se pose pour les écologistes qui aspirent à être au pouvoir, c’est donc celle de la transition que nous voulons, et des conditions de cette transition. Comment protéger et intégrer les employés d’usine comme la raffinerie de Grandpuits ? Ce que l’on comprend en discutant avec Adrien, c’est que ce ne sont pas eux qui auront besoin de nous pour protéger leurs emplois, mais nous qui avons besoin d’eux pour mener la transition.

« La question qui se pose c’est celle du contrôle ouvrier » explique Adrien. « Nous sommes les seuls à pouvoir assurer aujourd’hui que les normes [environnementales et de sécurité] soient respectées. Si notre fin du mois est assurée, on ne cherche pas à générer toujours plus de profit. »  Souvent la course au profit des actionnaires entraîne des défaillances sur la sécurité ou sur le contrôle des pollutions. « Mais nous, on habite à côté, avec nos enfants, on se baigne dans les rivières » alors risquer de polluer l’environnement de la raffinerie ce n’est pas une option. 

Les raffineurs réfléchissent aussi la question du sens de l’emploi, chère aux écologistes. Raffiner ce n’est pas une vocation, on ne se dit pas « plus tard je veux faire du pétrole », mais on a « le sentiment que notre travail répond à un besoin ». Autour de Grandpuits par exemple, sans voiture, pas de déplacement possible.

Ces questions de sens du travail parlent particulièrement à Eric. « Jaime bien ce terme de prise de contrôle ouvrier. Il n’y a pas de fatalité, il y a des compétences, des envies, de l’énergie et cest avec ça quil faut construire » répond Eric.  Certains d’entre nous, dont l’autrice de ces lignes, ont appris qu’Eric, ingénieur de formation, a travaillé dix ans dans l’industrie et a « été licencié de HP pour avoir refusé de faire un plan de délocalisation ».

Il dit apprécier cette idée du « contrôle ouvrier ». Pour Adrien, derrière le mot ouvrier « il n’y a pas que ceux qui ont des bleus de travail. Il y a aussi les professeurs, ou même les gens qui travaillent dans des banques ».

 

  • Mobilisation et grève d’intérêt général

 

Pour s’opposer au projet de Total, dès le 4 janvier les raffineurs lancent une grève qui dure 45 jours, « une des rares luttes dans la période » souligne Adrien. Ce qui frappe Eric dans cette histoire c’est « le cynisme de Total qui fait du pur greenwashing ».

Pour les raffineurs, la lutte ne s’arrête pas avec la reprise du travail. Dimanche, ils ont participé à la marche climat. Ils affirment que l’enjeu environnemental est maintenant indissociable de leur combat : « Nous les travailleurs de Grandpuits, on ne renoncera pas à poser cette question. L’un des acquis de cette lutte a été de mettre au centre la question :  “comment on pense la transition écolo de demain ?” ».

[Les ouvriers de GrandPuits à la marche pour le climat : https://twitter.com/AdrienCornet1/status/1376179533796233218?s=20 ]

Pour nous, une chose est sûre, il faut continuer à construire les alliances entre les travailleurs et les écologistes, et à lutter ensemble. « C’est le futur ! » comme le dit si bien Adrien. 

Pauline pour Une certaine idée de demain

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@Paulinerapillyferniot

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