Roubaix : Une rénovation urbaine humaine

Roubaix : Une rénovation urbaine humaine

Roubaix est l'emblème des villes ouvrières "champignons". Durant le 19ème et le début du 20ème siècle, la ville a grandi à la vitesse de la Révolution industrielle et de la construction des usines. Ville textile au 1000 cheminées d'usine, capitale du négoce de la laine et berceau de la vente par correspondance, elle a accueilli des travailleurs venus d'abord des campagnes proches, puis successivement de la Belgique, du Sud de l'Europe et enfin du Maghreb.

Dans la seconde partie du 20ème siècle, la ville est confrontée à deux défis majeurs : les prémices de la désindustrialisation accompagnée de son chômage de masse et la dégradation de son tissu urbain. L'essentiel de l'habitat est composé de maisons ouvrières et de maisons de courées, et dans une moindre proportion de maisons bourgeoises. Les programmes de résorption de l'habitat insalubre et les programmes de rénovation urbaine se sont succedé depuis. Dans les années 70, sur une partie de la ville, les maisons ouvrières ont été remplacées par des immeubles collectifs de logements sociaux.

Pour les familles ouvrières de Roubaix, accéder à la maison ouvrière était un projet capital. Au cœur du Pile, aujourd'hui, les alignements de maisons ouvrières avec leur jardinet étaient le rêve d'une vie. Depuis quelques années, un projet de requalification du quartier a été engagé pour aérer le quartier, améliorer les espaces publics et aménager des espaces verts inexistants. Sur le papier, la perspective était très séduisante.

Des îlots entiers et des groupes d'habitations ont été identifiés pour être détruits. Mais certains habitants ont refusé le rachat de leur maison, car il était impossible de racheter une maison similaire dans un autre quartier avec le prix offert. Et pour les personnes résidant, depuis 40 ans, dans le quartier, l'expropriation apparaît comme la rupture de tous les liens de solidarité indispensables à leur vie quotidienne : le voisin qui vous fait les courses, qui vous amènent chez le médecin, celui à qui vous faites des gâteaux, que vous dépannez lorsque sa machine à laver est en panne, ... Les habitants se sont fédérés autour d'une "table de quartier" pour proposer une autre rénovation du quartier et une plus grande prise en compte de leurs histoires. Mais ces démarches ont été sans effet.

Aujourd'hui, les conséquences de l'absence de concertation avant la rénovation, et de gestion transitoire, pendant la rénovation est l'accélération de la dévalorisation du quartier. Le prix du foncier a baissé. Des rues entières peuplées de maisons murées, squattées, dégradées, siège d'une insécurité jamais connus dans ce quartier populaire.

À quelques kilomètres de là, entre le centre-ville et le quartier de l'Épeule, c'est une autre histoire qui s'écrit. Des habitants ont créé une coopérative Baraka. Ils ont construit et font vivre, depuis 5 ans, un bâtiment restaurant bio et un lieu de vie sur un délaissé urbain. Aujourd'hui, ils aménagent une friche industrielle de plusieurs hectares en ferme urbaine tout en recherchant des procédés innovants de dépollution. Cette requalification est pensée dans un lien étroit avec les habitants qui peuvent bénéficier de ce lieu et s'y impliquer.

Le contraste avec le quartier du Pile est saisissant.

Une rénovation urbaine humaine ne peut pas être descendante, elle doit être pensée comme un processus, un chemin à emprunter avec ceux qui vivent dans le quartier. Les questions les plus élémentaires doivent être posées aux habitants sur leur vie quotidienne, leur attachement, leur besoin.

 

Majdouline Sbai, Ali Rahni, Nassim Sidhoum

 

 

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