Santé mentale : déstigmatiser, prévenir, soigner

Santé mentale : déstigmatiser, prévenir, soigner

Dans Histoire de la Folie à l'Âge classique, Michel Foucault rapporte comment nos sociétés ont, depuis le Moyen Âge, contribué à la création de maladies mentales en isolant les malades du reste de la société. La “nef des fous” - désignant le bateau sur lequel les “fous” étaient condamnés à errer dans l’’Europe du XVème siècle - a cédé sa place, en dernier lieu, à l’asile.

« Mais de tous ces vaisseaux, la nef des fous était le seul qui ait eu une existence réelle car ils ont existé ces bateaux (…) qui menaient leur cargaison insensée… »

Michel Foucault, dans Histoire de la folie à l’âge classique

 

Dans Histoire de la Folie à l'Âge classique, Michel Foucault rapporte comment nos sociétés ont, depuis le Moyen Âge, contribué à la création de maladies mentales en isolant les malades du reste de la société. La “nef des fous” - désignant le bateau sur lequel les “fous” étaient condamnés à errer dans l’’Europe du XVème siècle - a cédé sa place, en dernier lieu, à l’asile.

Ce paradigme de l’enfermement a cru trouver son terme dans les années 1960. Une nouvelle organisation a alors été mise en place, adjoignant aux centres spécialisés qui s’appelaient encore des "asiles'', différentes structures (centres médico-psychologiques, hôpitaux de jour,...) plus ouvertes sur l’extérieur et maintenant le lien entre  patients et société.

Or, les personnes atteintes de  troubles psychiatriques demeurent aujourd’hui encore bien en marge de nos sociétés, éprouvant notamment des difficultés à trouver un emploi et à se socialiser, ce qui les amène parfois à développer de nouveaux troubles comme l’addiction.

 Ce manque de prise en charge des personnes atteintes les conduit à subir des souffrances importantes et  une surmortalité.

Alors que les troubles psychiatriques - dépression, troubles anxieux, addictions, schizophrénie, troubles bipolaires… - touchent chaque année en France une personne sur cinq, elles sont toujours perçues comme honteuses et souffrent d’un déficit de prise en charge et surtout, de prévention. 

La crise du covid a en outre grossi les rangs des personnes atteintes au moins ponctuellement d’une maladie mentale, et ce particulièrement chez les jeunes, qui sont aujourd’hui 50 % à se dire inquiets pour leur santé mentale. Toutes classes d’âge confondues, la prévalence des états dépressifs de la population a en effet doublé entre fin septembre et fin novembre ! 

Il est dès lors urgent d’apporter une réponse efficace à ce double écueil de la prise en charge et de la prévention - sous peine de voir s’ajouter, aux crises actuelles, une nouvelle crise de santé mentale aux conséquences durables.

Mieux prévenir et soigner les maladies mentales, un enjeu capital pour un projet de société humaniste

Si la question de la santé mentale ne peut pas être éludée aujourd’hui, c’est qu’elle dépasse de loin la problématique individuelle. Elle est un reflet de la qualité de notre organisation sociale et de notre capacité de résilience collective. Elle est au carrefour de plusieurs problématiques, celle du soin évidemment, celle de la prévention, de l’insertion, mais aussi de la solidarité et de l’égalité face à l’offre de soins.

Prendre en charge la santé mentale exige de revoir l’organisation du parcours de soin et les moyens qu’on alloue à ce marqueur central du fonctionnement de notre société.

Le système de prise en charge de la santé mentale est en effet atteint par plusieurs limites, qui pénalisent la qualité des soins proposés aux personnes touchées par des troubles mentaux. 

Problèmes criants de moyens, problèmes organisationnels, encombrement des centres médico psychologiques, manque de formation des généralistes face aux pathologies psychiatriques) , le Ségur de la Santé est loin d’avoir résolu ces carences, malgré des pistes intéressantes comme la mise en place d’un numéro national de prévention contre le suicide, le recrutement de 160 psychologues…

Aujourd’hui il y a urgence à porter un ambitieux plan de santé mentale !

La santé mentale ne doit pas être un tabou ni un luxe ! Tout le monde devrait pouvoir accéder à des soins quel que soit son niveau de revenu.

Nous proposons de renforcer la démarche de « l’aller vers » avec des équipes de santé pluridisciplinaires allant à la rencontre des populations particulièrement fragiles comme les sans-abris ou les mineurs isolés.

Nous proposons de renforcer l’incitation aux soins et mettre l’accent sur la pédopsychiatrie en formant plus de pédopsychiatres, en coordonnant les différents acteurs sociaux, éducatifs et médicaux pour accompagner l’enfance et la jeunesse qui est fortement affectée par la crise du covid et l’anxiété qu’elle génère.

Nous proposons d’organiser un plan national de soutien psychologique post-covid avec la création d’un observatoire national pour repérer et éviter que les malaises psychologiques ne dégénèrent.

Nous proposons de monter des brigades de prévention des risques psychologiques dans les services publics, les entreprises et les écoles, et de proposer un accompagnement pour les personnes exerçant des métiers à risques psychologiques (soignants, policiers, pompiers, éducateurs…).

Nous proposons d’effectuer un suivi de la santé des chômeurs, grands oubliés des programmes de prévention, comme l’a noté l’observatoire national du suicide. 

Nous proposons d’intégrer la santé mentale aux programmes de SVT dès le collège, sur le modèle de ce qui a été fait avec les infections sexuellement transmissibles, pour aider à lever les tabous.

Nous proposons de faire de la psychiatrie un humanisme respectant la dignité des patients d’abord en rompant avec l’idée d’un hôpital-entreprise où le patient est un client.

Nous proposons d’augmenter de manière significative les moyens donnés à la psychiatrie, aux structures de soins et à leurs salariés !

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la première des préventions, c’est la dignité des conditions de vie. Le 1er confinement l’a bien montré: les conditions de confinement ont largement déterminé la façon dont les populations l’ont vécu. Les étudiant-e-s expriment un problème de lien social, et tout autant des conditions matérielles de vie (revenus, logement, connexion..) très dégradées.

 

Margot Holvoet et Raphael Bernard

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