Un autre futur pour les villes moyennes - Le cas d’Alès

Un autre futur pour les villes moyennes - Le cas d’Alès

Alès a connu ses heures de gloire : l’apogée minière et métallurgique au début du 20ème siècle en a fait une ville dynamique, attrayante et fortement pourvoyeuse d’emplois. Frappée de plein fouet par les processus de désindustrialisation, la ville n’a pas su concevoir sa transition économique : aujourd’hui le taux de chômage atteint les 24% et le taux de pauvreté avoisine les 30% (INSEE, 2017).

Des chiffres bien au-dessus de la moyenne nationale avec des taux respectifs de 9,8% et 14% (INSEE, 2016). Le centre-ville se paupérise : dans la rue d’Avejan – la plus commerçante de la ville – 27 boutiques sur la quarantaine existantes ont récemment mis les clés sous la porte. Les classes moyennes et supérieures partent pour Montpellier, Toulouse ou Marseille attirées par des perspectives d’emplois séduisantes. La ville, pourtant, essaye de retrouver son cachet d’antan en déployant des politiques publiques d’embellissement et d’attractivité de populations jugées hautement désirables : les cadres supérieurs et les investisseurs. Néanmoins ces choix budgétaires se font souvent au détriment de politiques à destination des habitants majoritaires de la ville : à savoir les populations pauvres.

Ces populations ont donc recours à une multitude de stratégies individuelles pour répondre à leurs besoins quotidiens : le retour à la terre en fait partie. Dans les interstices de la ville, dans les parcelles abandonnées et non urbanisables, éclosent de nombreux espaces cultivés. Les jardiniers sont souvent des personnes au chômage vivant dans les HLM du centre-ville. Les jardins sont entourés par des murs de bois, des palliasses, des grillages et des bouteilles plastiques : un système « débrouille » qui permet aux jardiniers de cultiver à l’abri des regards indiscrets. Si la production alimentaire est si protégée, c’est parce qu’elle constitue un apport économique non négligeable pour les jardiniers. D’ailleurs, ils y passent une bonne partie de la journée.

Mais si la motivation économique est toujours présente dans le discours des jardiniers à Alès, elle est indissociable de toute une série de motivations qui questionne la place du citadin pauvre en ville. Il y a d’abord la volonté de sortir de son HLM pour un endroit source d’apaisement et de sérénité. Il y a la possibilité de retrouver ses copains jardiniers avec qui, entre deux travaux agricoles, se partage toute une série d’activités allant du thé à la menthe à la partie de pétanque. Enfin et surtout, les jardins constituent une magnifique opportunité pour se construire une nouvelle vie. Dans les discours, les jardins sont l’antithèse d’une vie précédente passée à l'usine : les jardiniers inventent leur quotidien extérieur, profitent de leurs proches de manière plus régulière et s’émancipe à travers une activité : la gestion de leur propre jardin. Yannick, de nouveau, me confessa que suite à son licenciement, il passa la majorité de ses journées au bistrot. Aujourd’hui il est un jardinier qui partage sa production avec ses proches : pour lui comme pour les autres, cela change tout. Finalement à travers des formes de liberté et de flexibilité retrouvées, les jardins sont pour les citadins pauvres de véritables outils d’émancipation individuelle.

A Alès, si au quotidien les jardins sont accessibles aux seuls jardiniers, ils peuvent également apporter de nombreux bienfaits à la société urbaine. De manière non exhaustive, ils permettent de ramener de la biodiversité en ville (sauvage et cultivée), de lutter contre l’îlot de chaleur urbain, de créer de nouveaux réseaux de solidarité, d’aménager éventuellement des chemins de promenade entre les jardins ou encore de construire une image nouvelle pour les quartiers les plus défavorisés. Plus important encore, ils permettent une appropriation citoyenne dans la fabrique des quartiers et dans la manufacture de la ville. Par les jardins un nouveau récit de l’histoire politique de la ville s’écrit au quotidien.

Afin d’emmener ces projets environnementaux plus loin, des formes d’action collectives doivent être pensées. De la création d’associations au déploiement de politiques publiques d’accompagnement, les villes en crises peuvent se réinventer en plaçant le lien à l’autre au cœur de leur développement. 

 

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